Une enquête de la Fep-CFDT révèle un malaise profond dans l'enseignement privé sous contrat : 67 % des professeurs envisagent de quitter le métier en 2026. Derrière ce chiffre, une insatisfaction salariale massive (86 % de mécontents), une charge de travail en hausse et un sentiment de manque de reconnaissance qui touche le cœur même de l'exercice du métier.
Pourquoi les enseignants du privé sont-ils si insatisfaits de leur salaire ?
Comment la charge de travail a-t-elle évolué ces dernières années ?
Le manque de reconnaissance : un sentiment généralisé ?
67 % des enseignants envisagent de partir : quelles raisons ?
Inclusion des élèves handicapés : quels moyens réels ?
Les violences scolaires concernent-elles aussi le privé ?
Intelligence artificielle : opportunité ou menace pour les professeurs ?
Pourquoi les enseignants du privé sont-ils si insatisfaits de leur salaire ?
86 % des enseignants du privé sous contrat interrogés par la Fep-CFDT se déclarent insatisfaits de leur rémunération. Seuls 13 % se disent plutôt satisfaits et 1 % très satisfaits. Cet écart avec la norme générale mesurée par l'Ifop est massif : 51 % des salariés français se déclarent satisfaits de leur salaire, soit 38 points de plus que les enseignants du privé.
Cette insatisfaction n'est pas nouvelle, mais elle prend une ampleur inédite en 2026. La Fep-CFDT appelle d'ailleurs à participer à la mobilisation intersyndicale de la fonction publique du 29 septembre pour exiger une revalorisation salariale sans contrepartie. Valérie Ginet, secrétaire générale du syndicat, le dit clairement : « Cette revalorisation ne doit pas être conditionnée à des contreparties. »
Le salaire, symptôme d'un déclassement plus large
Pour la Fep-CFDT, la question salariale ne peut pas être isolée du reste. Le décrochage du salaire alimente un sentiment de déclassement qui s'ajoute au manque de reconnaissance et à l'augmentation du travail. Les enseignants continuent à trouver du sens dans leur métier, mais expriment une insatisfaction forte à l'égard de ses conditions d'exercice.
86 % des enseignants du privé sous contrat sont insatisfaits de leur rémunération, un écart de 38 points avec la moyenne des salariés français.
Comment la charge de travail a-t-elle évolué ces dernières années ?
92 % des enseignants du privé considèrent que leur charge de travail a augmenté ces dernières années. Cette surcharge ne concerne pas seulement le temps passé devant les élèves, mais aussi tout ce qui entoure l'acte d'enseigner : tâches administratives, gestion des dossiers d'élèves, réunions de suivi, pression croissante des familles.
Dans le secondaire privé, plusieurs enseignants évoquent même un « bénévolat » qu'ils se sentent obligés d'assurer dans leur établissement. Ces tâches non rémunérées s'ajoutent à un emploi du temps déjà dense. Comme le souligne Valérie Ginet : « Ce n'est pas le cœur du métier qui est en crise, ce sont les conditions dans lesquelles on nous demande de l'exercer. »
Une multiplication des tâches administratives
La Fep-CFDT pointe la multiplication des tâches qui entourent l'enseignement proprement dit. Les enseignants doivent gérer de plus en plus de dossiers administratifs, assurer un suivi individualisé des élèves, répondre aux demandes des familles, tout en préparant et corrigeant leurs cours. Ce décalage entre le temps disponible et les exigences croissantes nourrit un sentiment d'épuisement.
Cette charge accrue pèse d'autant plus que la rémunération ne suit pas. Le travail augmente sans que la reconnaissance matérielle progresse au même rythme, un constat qui alimente le sentiment de reconversion croissant dans le secteur.
Le manque de reconnaissance : un sentiment généralisé ?
La reconnaissance du travail enseignant recueille des réponses très négatives dans l'enquête, avec un taux d'insatisfaction situé entre 85 % et 92 % selon les questions posées. Un chiffre résume ce sentiment : 8 % seulement des enseignants du privé considèrent que leur travail est suffisamment reconnu par la société.
Ce manque de reconnaissance ne vient pas seulement de l'extérieur. Le soutien institutionnel fait également défaut : seuls 39 % des enseignants ont le sentiment d'être suffisamment accompagnés par leur hiérarchie et respectés lors d'une difficulté avec un élève ou une famille. Cette absence de soutien renforce le sentiment d'isolement face aux problèmes quotidiens.
Un décalage entre l'investissement et la valorisation
Les enseignants consacrent un temps et une énergie considérables à leur métier, mais ne sentent pas cette implication reconnue à sa juste valeur. Pour la Fep-CFDT, ce déséquilibre contribue au malaise profond qui traverse la profession. « Après dix années de transformation excessive du système éducatif, notre école est à bout de souffle. Et celles et ceux qui la font tenir également », déclare Valérie Ginet.
67 % des enseignants envisagent de partir : quelles raisons ?
Deux tiers (67 %) des enseignants du privé interrogés envisagent de quitter le métier. Les principales raisons invoquées sont la dégradation du système éducatif et des conditions de travail, ainsi que des rémunérations et une reconnaissance insuffisantes. Ce chiffre témoigne d'un malaise profond qui va au-delà de simples ajustements ponctuels.
Pour Valérie Ginet, ce résultat s'inscrit dans une dégradation générale : « Après dix années de transformation excessive du système éducatif, notre école est à bout de souffle. Et celles et ceux qui la font tenir également. » L'accumulation des réformes, le manque de moyens et l'absence de reconnaissance alimentent ce sentiment de déclassement.
Un métier qui garde du sens, mais des conditions qui épuisent
L'enquête montre que les enseignants continuent à trouver du sens dans leur métier. Ce n'est pas l'acte d'enseigner en lui-même qui est rejeté, mais les conditions dans lesquelles il s'exerce. La distinction est importante : le problème ne réside pas dans la vocation, mais dans l'environnement professionnel qui se dégrade.
Cette tension entre l'attachement au métier et la volonté de le quitter traduit une situation paradoxale : des enseignants qui aiment enseigner, mais qui ne supportent plus les conditions dans lesquelles on leur demande de le faire. Un dilemme qui concerne aussi l'ensemble du système éducatif en 2026.
Inclusion des élèves handicapés : quels moyens réels ?
82 % des enseignants du privé interrogés considèrent qu'ils ne disposent pas de moyens et d'une formation suffisants pour accueillir des élèves en situation de handicap. Une enseignante témoigne de situations où une même classe peut accueillir plusieurs élèves porteurs de handicap, parfois sans accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) en nombre suffisant.
À cela s'ajoutent les dossiers administratifs, les réunions de suivi et les démarches nécessaires à l'accompagnement des élèves. La Fep-CFDT ne remet pas en cause l'accueil des élèves handicapés, au contraire : « Nous ne remettrons jamais en cause l'accueil des élèves handicapés. C'est nécessaire, mais nous réclamons des moyens humains conséquents et des formations pour accueillir dignement ces élèves. »
Une charge supplémentaire sans formation adaptée
L'inclusion scolaire est un principe fondamental, mais son application concrète pose problème faute de moyens. Les enseignants se retrouvent à gérer des situations complexes sans avoir reçu la formation nécessaire, tout en devant assurer le suivi administratif qui accompagne chaque élève en situation de handicap.
Les violences scolaires concernent-elles aussi le privé ?
Près de huit enseignants du privé sur dix déclarent avoir été confrontés à au moins une situation de violence. La moitié déclare avoir été confrontée à des violences de la part d'élèves. Le primaire apparaît particulièrement exposé : 60 % des enseignants du premier degré déclarent avoir été confrontés à des violences de la part d'élèves et 55 % à des violences de la part de parents.
Comme le souligne la Fep-CFDT : « L'enseignement privé n'est pas protégé d'une situation de violence, c'est entré dans l'environnement professionnel ordinaire d'une grande partie des enseignants. » Face à ces situations, le sentiment de ne pas être protégé par l'institution est massif chez les enseignants.
Un sentiment d'abandon face aux agressions
La violence n'est plus un fait isolé, mais une réalité ordinaire pour une grande partie des enseignants du privé. Le manque de soutien institutionnel renforce le sentiment d'isolement face à ces situations. Les enseignants se sentent seuls pour gérer des incidents qui peuvent avoir des conséquences importantes sur leur santé mentale et leur capacité à exercer sereinement.
Intelligence artificielle : opportunité ou menace pour les professeurs ?
L'intelligence artificielle fait désormais partie des préoccupations professionnelles des enseignants, mais le manque de formation est pointé. Seul un tiers des enseignants considère que son établissement accompagne l'usage des outils d'IA, et un tiers seulement se sent suffisamment formé pour intégrer ces outils dans ses pratiques pédagogiques.
Les enseignants identifient des risques pour les élèves : 62 % considèrent que l'IA présente un risque pour l'apprentissage de l'esprit critique. Dans le secondaire, 43 % estiment qu'elle met en danger leur métier. Un professeur de mathématiques appelle à un usage raisonné : « On ne prend pas une Ferrari pour aller acheter son pain à la boulangerie d'à côté. C'est-à-dire que l'usage modéré de l'IA et l'usage de l'intelligence artificielle quand on en a besoin, ça peut être un plus. »
Une position nuancée face à la technologie
L'IA est perçue comme une opportunité pour améliorer la qualité de l'enseignement, mais elle soulève aussi des inquiétudes. Les enseignants demandent un accompagnement réel et une réflexion collective sur l'intégration de ces outils dans la pédagogie, plutôt qu'une adoption imposée sans formation ni recul critique.
L'enquête de la Fep-CFDT dresse un état des lieux préoccupant de l'enseignement privé sous contrat en 2026. Le salaire, la charge de travail, le manque de reconnaissance, les violences et les défis liés à l'inclusion et à l'IA dessinent un portrait de professionnels à bout de souffle. Pour le syndicat, une mobilisation s'impose pour obtenir des améliorations concrètes et durables.
FAQ
Combien d'enseignants du privé envisagent de quitter le métier selon l'enquête de la Fep-CFDT ?
67 % des enseignants du privé sous contrat interrogés envisagent de quitter le métier en 2026. Les principales raisons invoquées sont la dégradation du système éducatif, des conditions de travail difficiles, des rémunérations insuffisantes et un manque de reconnaissance.
Ce chiffre témoigne d'un malaise profond qui ne concerne pas l'acte d'enseigner en lui-même, mais les conditions dans lesquelles il s'exerce au quotidien.
Quelle proportion d'enseignants du privé est insatisfaite de son salaire ?
86 % des enseignants du privé interrogés se déclarent insatisfaits de leur rémunération. Seuls 13 % se disent plutôt satisfaits et 1 % très satisfaits.
Cet écart est massif par rapport à la norme générale : 51 % des salariés français se déclarent satisfaits de leur salaire, soit 38 points de plus que les enseignants du privé.
Les enseignants du privé sont-ils confrontés à des situations de violence ?
Près de huit enseignants du privé sur dix déclarent avoir été confrontés à au moins une situation de violence. La moitié a été confrontée à des violences de la part d'élèves.
Le primaire est particulièrement exposé : 60 % des enseignants du premier degré déclarent avoir subi des violences de la part d'élèves et 55 % de la part de parents. Face à ces situations, le sentiment de ne pas être protégé par l'institution est massif.
Quels moyens les enseignants ont-ils pour accueillir les élèves en situation de handicap ?
82 % des enseignants du privé considèrent qu'ils ne disposent pas de moyens et d'une formation suffisants pour accueillir des élèves en situation de handicap. Certaines classes accueillent plusieurs élèves porteurs de handicap, parfois sans AESH en nombre suffisant.
Les enseignants doivent aussi gérer les dossiers administratifs et les réunions de suivi, ce qui alourdit leur charge de travail sans qu'ils aient reçu la formation nécessaire pour gérer ces situations complexes.
Comment les enseignants du privé perçoivent-ils l'intelligence artificielle en classe ?
L'IA suscite des positions nuancées. 62 % des enseignants considèrent qu'elle présente un risque pour l'apprentissage de l'esprit critique, et 43 % dans le secondaire estiment qu'elle met en danger leur métier.
Seul un tiers se sent suffisamment formé pour intégrer ces outils dans ses pratiques pédagogiques, et un tiers seulement considère que son établissement accompagne l'usage des outils d'IA. Les enseignants demandent un accompagnement réel plutôt qu'une adoption imposée sans formation.