En France, près de 700 000 élèves subissent chaque année du harcèlement scolaire selon l'Unicef.
En 2025, l'association E-enfance révèle que 35% des jeunes ont été touchés dès l'école primaire, soit 11 points de plus qu'en 2024.
Face à cette réalité, l'Éducation nationale déploie le dispositif pHARe, mais son application sur le terrain soulève des questions sur l'efficacité réelle de la prise en charge.
Qu'est-ce que le protocole pHARe et comment fonctionne-t-il ?
Comment l'Éducation nationale applique-t-elle ce dispositif sur le terrain ?
Quelles sont les limites du système actuel ?
Quelles conséquences pour les élèves harcelés ?
Quels recours pour les parents face à l'inaction ?
Qu'est-ce que le protocole pHARe et comment fonctionne-t-il ?
Le dispositif pHARe est un programme national de lutte contre le harcèlement scolaire déployé par l'Éducation nationale depuis 2021 dans tous les établissements.
Il repose sur une méthode structurée en trois étapes : identification de la situation, mise en place de mesures de protection, puis suivi régulier avec évaluation des actions menées.
Le protocole prévoit notamment la désignation d'un adulte référent et l'application de la méthodologie de préoccupation partagée.
Les étapes du dispositif pHARe
Lorsqu'un cas est signalé, l'établissement déclenche la méthode de préoccupation partagée.
Cette approche consiste à organiser des entretiens individuels avec les élèves concernés sur une période de trois semaines.
L'objectif est de créer un dialogue sans stigmatiser immédiatement l'élève mis en cause, tout en protégeant la victime.
Selon les programmes d'Économie-Droit en STMG, les élèves étudient justement les droits individuels et collectifs, dont le droit à la protection dans le cadre scolaire. Cette dimension juridique prend tout son sens dans l'application concrète des dispositifs comme pHARe.
Les acteurs mobilisés
Le protocole implique plusieurs intervenants : la direction de l'établissement, les enseignants, l'inspection de l'Éducation nationale, et parfois les services départementaux.
Un adulte référent est systématiquement désigné pour assurer le lien avec la famille et suivre l'évolution de la situation sur les temps scolaire et périscolaire.
Comment l'Éducation nationale applique-t-elle ce dispositif sur le terrain ?
Dans le cas rapporté près de Monaco en 2026, l'Éducation nationale a mis en œuvre plusieurs mesures après le signalement : éloignement des élèves concernées, création d'un espace de soutien, et proposition d'accompagnement psychologique.
La directrice d'école a déclenché la méthode de préoccupation partagée dès décembre, soit trois mois après la rentrée scolaire marquée par les premiers incidents.
Les mesures de protection immédiates
L'établissement a réorganisé les espaces de récréation pour éviter tout contact entre les deux élèves.
Un adulte référent a été désigné pour surveiller les interactions et intervenir si nécessaire.
Ces aménagements visent à créer un environnement sécurisé sans isoler la victime ni stigmatiser l'élève mis en cause.
Pourtant, selon le témoignage des parents, la directrice leur aurait proposé de placer leur fille dans une pièce sécurisée pour jouer seule pendant les récréations.
Une solution que la famille a refusée, estimant qu'elle isolait davantage la victime au lieu de sanctionner le comportement harcelant.
Le rôle de l'inspection académique
Lorsque la première intervention s'est révélée insuffisante, l'inspection de l'Éducation nationale est intervenue en mars 2026.
Des entretiens individuels ont été organisés avec les élèves, et l'équipe de circonscription s'est déplacée sur place.
La famille a également été reçue au rectorat pour examiner les mesures complémentaires possibles.
En 2025, 35% des jeunes ont été touchés par le harcèlement dès l'école primaire. Chaque jour compte dans la prise en charge.
Quelles sont les limites du système actuel ?
La principale critique formulée par les parents concerne l'absence de sanction concrète à l'égard de l'élève harceleuse.
Selon eux, l'établissement aurait enfreint les protocoles en recevant les parents de la mise en cause juste après eux, compromettant ainsi la confidentialité requise par la méthode de préoccupation partagée.
La question de la confidentialité
La méthodologie de préoccupation partagée exige que les entretiens restent confidentiels et espacés dans le temps.
Le fait de convoquer successivement les deux familles le même jour peut créer des tensions et compromettre l'efficacité du dispositif.
Les parents témoignent avoir eu le sentiment que leur parole n'était pas prise au sérieux.
L'absence de sanctions dissuasives
Un autre point de friction réside dans l'absence de mesures disciplinaires à l'encontre de l'élève auteur des faits.
Le dispositif pHARe privilégie la médiation et la responsabilisation, mais ne prévoit pas systématiquement de sanctions.
Pour les parents de victimes, cette approche peut sembler insuffisante face à la gravité des faits.
Dans les cours de Management STMG, les élèves apprennent que toute organisation doit concilier protection des individus et application de règles claires.
Cette tension entre bienveillance éducative et fermeté disciplinaire illustre les défis auxquels l'Éducation nationale fait face.
Quelles conséquences pour les élèves harcelés ?
Les répercussions du harcèlement scolaire vont bien au-delà des murs de l'école.
L'élève victime a développé une anxiété sévère, des crises de colère et des pensées suicidaires. Un psychologue a été consulté et des antidépresseurs ont été prescrits.
Une dizaine de jours d'ITT lui ont été délivrés, attestant de l'impact psychologique du harcèlement.
L'impact sur la scolarité
Les parents ont dû réorganiser entièrement leur emploi du temps pour ne plus mettre leur fille à la cantine le midi.
Cette décision, prise dès novembre, témoigne de l'échec des premières mesures de protection.
L'élève s'est retrouvée isolée dans la cour, recroquevillée dans un coin à pleurer, selon les observations de la directrice elle-même.
Les conséquences familiales
Le harcèlement scolaire affecte également l'équilibre familial. Les parents témoignent avoir été eux-mêmes touchés psychologiquement par la situation.
L'impuissance face à la souffrance de leur enfant et le sentiment de ne pas être entendus par l'institution scolaire créent un stress supplémentaire.
Cette situation illustre l'importance d'une prise en charge globale, impliquant non seulement l'élève victime mais aussi son entourage familial.
Le dispositif pHARe propose un accompagnement psychologique, mais son efficacité dépend de la rapidité et de la cohérence des interventions.
Quels recours pour les parents face à l'inaction ?
Face à ce qu'ils considèrent comme des manquements de l'Éducation nationale, les parents ont déposé plainte contre plusieurs acteurs : l'inspecteur de l'Éducation nationale, la directrice de l'école, l'enseignante, l'élève mise en cause et sa mère.
Cette plainte vise notamment des violences physiques répétées et des manquements au protocole pHARe.
Les voies juridiques
Le dépôt de plainte constitue un recours extrême mais parfois nécessaire.
Les parents peuvent invoquer la responsabilité de l'État pour défaut de surveillance ou manquement à l'obligation de protection.
La jurisprudence reconnaît que l'Éducation nationale doit garantir la sécurité physique et psychologique des élèves.
Les démarches administratives
Avant d'en arriver à la voie judiciaire, plusieurs démarches sont possibles : saisir le médiateur de l'Éducation nationale, contacter le rectorat, ou alerter les services départementaux.
Dans ce cas, la famille a été reçue au rectorat en dernier recours pour examiner les mesures complémentaires envisageables.
Le numéro 3018 de l'association E-enfance offre également une écoute et des conseils gratuits pour les familles confrontées au harcèlement scolaire.
Cette ressource permet d'obtenir un soutien psychologique et juridique en complément des dispositifs internes à l'Éducation nationale.
Cette affaire révèle la difficulté de concilier protocoles institutionnels et urgence de la souffrance vécue par les élèves.
Entre théorie et pratique, le fossé reste important, alimentant la détresse des familles qui attendent une protection concrète et immédiate pour leurs enfants.
FAQ
Qu'est-ce que le dispositif pHARe de l'Éducation nationale ?
Le dispositif pHARe est le programme national de lutte contre le harcèlement scolaire déployé depuis 2021 dans tous les établissements français. Il repose sur la méthode de préoccupation partagée : entretiens individuels sur trois semaines, désignation d'un adulte référent, et mise en place de mesures de protection sans stigmatiser l'élève mis en cause.
Le protocole implique la direction, les enseignants et l'inspection académique pour assurer un suivi régulier.
Combien d'élèves sont touchés par le harcèlement scolaire en France ?
Selon l'Unicef, près de 700 000 élèves sont victimes de harcèlement scolaire chaque année en France. En 2025, l'association E-enfance révèle que 35% des jeunes ont été touchés dès l'école primaire, soit une hausse de 11 points par rapport à 2024.
Cette augmentation témoigne de l'ampleur croissante du phénomène.
Quelles sanctions sont prévues contre les élèves harceleurs ?
Le dispositif pHARe privilégie la médiation et la responsabilisation plutôt que les sanctions disciplinaires immédiates. L'objectif est de faire prendre conscience à l'élève auteur des faits de la gravité de ses actes sans le stigmatiser.
Toutefois, en cas d'échec de la méthode ou de faits graves, des sanctions disciplinaires peuvent être prononcées par le conseil de discipline de l'établissement.
Que faire si l'Éducation nationale ne réagit pas au harcèlement signalé ?
Les parents peuvent d'abord contacter le médiateur de l'Éducation nationale ou solliciter un rendez-vous au rectorat pour exposer la situation. Si les manquements persistent, ils peuvent déposer plainte contre l'établissement pour défaut de surveillance.
Le numéro 3018 de l'association E-enfance offre écoute et conseils juridiques gratuits. Dans les cas les plus graves, la responsabilité de l'État peut être engagée devant les tribunaux administratifs.
Quelles conséquences psychologiques le harcèlement scolaire provoque-t-il ?
Le harcèlement scolaire entraîne anxiété, dépression, isolement social et parfois pensées suicidaires chez les victimes. Des symptômes physiques apparaissent également : crises de colère, troubles du sommeil, douleurs psychosomatiques.
Un accompagnement psychologique rapide est indispensable. Les médecins peuvent délivrer des ITT attestant de l'impact psychologique et prescrire un traitement adapté si nécessaire.